Mamie ...

  • A Point of View

Nous venions, le 1er juillet, de fêter ses 97 ans. 97 années d'une vie incroyable, d'épreuves, de deuils, de joie et bonheurs aussi. Joie d'avoir vu grandir ses 4 arrières petits-enfants et 3 petits-enfants.

Je prenais souvent sa vie en exemple. Une vie qui ne fut pas simple mais elle a su la rendre heureuse avec le peu qu'elle avait. Elle a commencé à travailler à 12 ans jusqu'à sa retraite, prise à ma naissance, 40 ans plus tard.

Elle était très souvent le fil rouge de mes cours d'histoire : le front populaire, la seconde guerre mondiale, le rôle des femmes dans la société d'après-guerre.

C'était une petite femme d'1m56, robuste et solide, qui n'est jamais tombée malade, et qui aura traversé le siècle en marchant au point d'en avoir usé ses genoux.

Elle a connu mon grand-père alors qu'elle n'avait que 17 ans, quelques mois après avoir perdu son frère aîné. C'est sa grand-mère paternelle qui l'a élevée tout comme elle m'a élevée. Je me souviens d'elle me conduisant à l'école maternelle puis primaire. Je me souviens des mardis soirs et des mercredis passés chez elle. Je me souviens des tasses de lait chaud partagées devant "aujourd'hui madame" assis dans le même fauteuil vert du salon. Il y a des milliers de souvenirs qui me reviennent en tête et que je m'efforce de ne pas oublier.

Mon chagrin est sourd et froid. Je m'efforce de ne pas y croire. Je m'efforce de ne pas pleurer, je m'efforce de faire face à ce deuil auquel je ne croyais pas tant je la voyais robuste, immortelle.

Je l'ai vue pour la dernière fois le 28 juillet, le lendemain de mes 45 ans. J'étais heureux car elle était heureuse dans sa petite chambre de sa maison de retraite. Nous avions plaisanté, comme toujours je lui disais que j'allais casser sa maison à coups de marteau. Je lui ai raconté mes vacances et avions parlé banalités. Elle m'avait fait rire avec ses histoires de petits vieux de maison de retraite.

J'ai de la chance d'avoir eu une grand-mère comme elle et que mes filles aient connu leur grand-mamie aussi longtemps.

Sa maison était notre point de rendez-vous. Désormais, nous avons perdu nos repères.

La mort d'un être si proche vous met face à de cruelles réalités. Elle vous met face à des réalités que vous devez assumer. Elle vous permet aussi de définir vos nouvelles priorités.

Je lui avais donné rendez-vous pour ses 100 ans. Son cœur en aura voulu autrement. Elle est partie discrètement rejoindre mon grand-père et mon arrière-grand-mère à qui je pense depuis 38 ans chaque jour.

Tu vas me manquer, mamie. Et mes repères s'en sont allés.

Je pense aussi à mon autre grand-mère disparue il y a 16 ans, qui me manque aussi énormément.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Minimalist © 2014 -  Hébergé par Overblog