33K et toi ...

Le réveil sonne un peu avant 6h. Le bus démarre à 7h30. La course démarre à 9h30. Ton matériel est prêt. Ton ravito perso est prêt. Tout est dans "camel back". Pour une fois, tu ne vas pas courir en musique. Tu veux garder ta lucidité. L'iPhone est dans le sac pour quelques messages durant le trajet. Quant à l'iPod, il restera dans un poche sur ta poitrine, histoire de prendre quelques paysages. 

 

Petit-déj' classique, lait de riz, céréales, jus de fruits frais et thé. Une douche et Manu t'attend déjà. 

Il y a de l'excitation et une belle envie d'en découdre. 

 

Les bus sont là. Les coureurs aussi. Comme des gosses de colonies, les cheveux blancs et gris que nous sommes, tous vêtus de fringues colorées (j'ai fait dans du classique pour ma part), avec sur le dos un sac de trail, nous montons dans le bus pour 30 mn de route. On discute, quelques rires, certains sont tendus. Il y a une odeur de camphre, d'arnica, de baume du tigre qui flotte dans les airs. 

 

A travers les vitres, nous regardons comme des gosses les paysages et nous repérons le balisage des 33K. On comprend que nous allons en chier. Mais … au moins, c'est superbe ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Descendus du bus, les uns se ruent aux toilettes … trop de monde pour moi ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je prends quelques photos que j'envoie. Je légende "je dois aller là haut". On me répond "trop fastoche … bon courage". 

Nous sommes un peu moins de 900. A semi-allongé dans l'herbe, je pense à cette course, à des détails, j'écoute les coureurs évoquer les barrières horaires. Elles sont correctes. Je n'y vais pas pour faire un chrono. Je n'ai aucune référence sur ce genre de course. Mais, je sais que je serai très très large sur les barrières. 

 

 

 

 

Le départ a lieu à contre-sens d'une piste de ski. Nous allons donc commencer par une courte montée. Le départ est donné. Aucune précipitation. Je reste avec Manu. Après 200m, longue descente. Les jambes s'emballent. Je reste à bonne allure. Partir vite, galoper et se griller … inutile. Des morceaux de forêts, des sentiers étroits sur lesquels tu essaies de doubler. Tu viens de perdre Manu après un bon K dans le flot des coureurs. Tu ne réfléchis à rien. Tu essaies d'apprivoiser le terrain, les yeux rivés au sol. Puis …. Arrive la première grosse difficulté !

 

Tu dois remonter une piste de ski. Alors, tu marches. Tu ne peux faire autrement. C'est un bon K vertical. Tu grattes quelques places. Non parce que tu penses au classement, mais pour être à l'aise plus tard, car tu sais qu'il sera très difficile de doubler. Tu regardes ta montre : plus de 10 mn au Kil', voire 12 dans certaines portions. 

 

Durant de longs kilomètres, tu vas alterner ces montées avec pour seuls paysages les jambes et culs de tes prédécesseurs et descentes rapides mais semées de racines, pierres roulantes … Tu jetteras parfois des regards sur les paysages, tu prendras quelques photos, tu chercheras un chemin, du moins tu essaieras. Tu passeras les ravitos, tu géreras les tiens aussi. Tu penseras à la digestion. Tu te rappelleras très longtemps que manger des morceaux de pastèque (qui ne viennent pas de Wazemmes) est un bonheur tout simple, tout comme boire du thé sucré en granulés. Le pire des thés, mais dans pareils moments, tu savoures. 

 

Tu vas te demander 1000 fois ce que tu fous sur ces chemins. Tu auras mal au genou. Tu penseras au GRP et aux filles qui courent dans le sud-ouest. Tu penseras aux pélerins. 

 

Durant cette course, j'ai eu une "absence" qui a duré une heure. La pleine conscience. Un coureur voulait me doubler. Je le sentais proche de moi. Je me suis dit "Vas-y double, mais je n'irai pas plus vite. Cela fait 2h40 que je cours. J'en ai rien à foutre". En réalité, en regardant ma montre, cela faisait 3h40. Pendant une heure, je n'ai pas regardé ma montre. J'ai couru focalisé sur une seule pensée. Mes jambes fonctionnaient en mode automatique. Comme si mon corps était dissocié de mon esprit. C'est aussi pour cela que nous courons. 

 

Au 28eK, s'est produit ce que je redoutais le plus : une chute. Le genou déjà touché par une chute au Koweït a pris très cher. Dans pareils moments, tu ne réfléchis pas. Tu te relèves instinctivement. Les genoux en sang, les doigts aussi, tu reprends la course. Les autres coureurs demandent si tout va bien. Tu n'as pas le choix. Il te reste 5K. Physiquement, tu n'es pas mal. Les douleurs cesseront. 5K de descente folle à travers la forêt et sur les pistes de ski. Au fond, tu vois la vallée. Tu devines l'arrivée. Des encouragements. Tu remercies. Tu fixes le sol pour ne pas chuter à nouveau. Tu freines car les jambes s'emballent. Il te reste 300m, tu accélères un peu. TU doubles trois ou quatre coureurs et enfin, tu franchis cette ligne d'arrivée. 

 

Tu ne réalises pas de suite. Quelques secondes pour "redescendre". Tu reçois le T-shirt "finisher" et un improbable savon local (?!) à la lavande et à l'huile d'argan. Pourquoi pas. 

 

 

Tu t'assoies dans l'herbe. Tu es vidé. Tu sais que c'est fini mais tu es encore dans la course car Manu est là-haut. Il arrivera 35 mn plus tard. Tu viens de courir 4h10. Et l'émotion d'après course te gagne. Tu as envie de prendre ton iPhone pour raconter, envoyer des photos, pour partager. Tu le feras, rapidement. Il y a plus important … ces genoux et surtout le gauche. Il faut le soigner et vite car samedi prochain, tu as une autre course. Tu es dingue. Tu viens de taper 33K et tu vas retaper 10K dans les monts des Flandres. 

 

Retour à l'hôtel, douche, retour sur la ligne d'arrivée pour retrouver Manu puis tu vas te faire soigner au poste de secours. Tu croises des coureurs épuisés, perclus de crampes. 

 

 

Cette course ne faut pas longue en soi quant au kilométrage. Mais, elle a nécessité chez nous, un dépassement de soi. Ce genre d'épreuves te permet de te connaître, de puiser au fond de toi des ressources insoupçonnées. Quand tu cours plus de 4h entourés de potentiels dangers, tu mobilises ton esprit sur ce qui te rend heureux ou sur ce qui va te rendre heureux. Tu prends conscience de tellement de choses. Qu'est-ce qui est important en fait ? Vivre de ses passions, de ses émotions, de ses projets, de rencontre, ou vivre comme tout le monde ? Il faut oser, se lancer, vivre pleinement les moments présents. Haut les cœurs ! Haut les cœurs. 

 

Il y aura des douleurs, des absences. Mais au bout, il y a une putain de lumière, une putain de clarté bleue, bleu presque translucide ! Et ce bleu vaut plus que tout. Il te guide. Il est en toi. 

 

 

33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
33K et toi ...
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