In the desert, you can forget your name ...

Ce jour tant attendu est enfin arrivé. Des semaines, pour ne pas dire des mois que je l'attendais, qu'il alimentait les conversations en salle des profs mais aussi avec quelques amis, ma famille également en décembre dernier. Après une semaine de vacances au cours de laquelle j'ai partagé mon temps entre repos, copies et courses à pieds matinales en bord de mer et de fin d'après-midi sur tapis, je me retrouve enfin avec Manu sur la ligne de départ. 

 

La veille après le retrait des dossards, j'ai essayé de visualiser le parcours, je me suis imaginé en train de gérer la course, les kilomètres, l'effort. La dernière expérience longue, avait été le semi-marathon de novembre dernier; Je l'avais parfaitement géré. Mais cette fois-ci, on passe un cap et on change de terrain. 

La nuit fut courte car l'excitation et une certaine appréhension l'ont coupée plusieurs fois, mais aussi car le réveil fut matinal, 4 heures. 4 heurs car il faut prendre un petit-déjeuner, rejoindre Manu à 5h30 puis rouler sur 100 kilomètres vers le Sud, vers Khaitan, non loin de la frontière saoudienne. 

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Guidés par le GPS, nous y sommes enfin. Le camp de base est là et la musique est tonitruante. Les coureurs du 60K sont déjà partis. Nous sommes peu nombreux à être déjà arrivés pour le 30K. On repère les lieux, on regarde le soleil poursuivre son lever, on prend quelques photos, on fait ses lacets dix fois, on fait les mille pas, on reconnaît quelques visages de coureurs et coureuses familiers, on se sourit avec appréhension et surtout avec l'idée que nous allons vivre une belle expérience. 

 

Il fait froid malgré le soleil. On se couvre, on se coiffe d'un foulard aux couleurs de la course. Je me détends avec mon éternelle musique shazaamée sur GalaxieRadio, "ma" radio de Wattrelos. 

 

Nous sommes une cinquantaine. On nous rappelle les consignes de courses et les repères à suivre. Le décompte est lancé, comme tout le monde, tu regardes ta montre et à 0, tu appuies sur le chrono. Tu lances aussi ta musique. 

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Dès les premiers mètres, tu te dis "putain … 30 Km …". Manu est derrière toi. Les premiers coureurs ont pris un départ rapide. Toi, comme d'habitude, tu te cales sur ta musique… toujours le même morceau "Age of love". Il dure plus de 7mn 30, environ 1,8 km. C'est donc parfait. Les premiers hectomètres se font dans un sable un peu mou, tu regardes tes pieds et devant et devant toi aussi car tu commences à doubler. Les plus fiers galopent. Toi, tu te cales, tu ne penses à rien, sauf à ce désert et aux 30 km que tu vas devoir engloutir. 

 

Après1 km, tu es devant ??? dans un groupe de 6 personnes, des occidentaux et un africain qui galope. Il galope tellement qu'il se trompe de route et fait demi-tour … Il te rattrapera très vite. 

 

 

On sort d'une zone désertique pour entamer plus de 5 bornes sur le bitume. Tu te tiens derrière un tchèque et sa femme et tu es aux côtés d'un anglais dont la GoPro immortalise la course. Il fait du vent, tu te protèges, tu es dans ton rythme ou plutôt celui de ce tchèque et de sa femme. On croise des ouvriers qui te donnent l'impression d'être un extra-terrestre ... Qui peut bien courir le long de cette route ???

 

Le 1ercheck-point et ravitaillement est en vue. 7,5 km donc. Tu es 3e. Tu zappes l'eau offerte et préfère boire de tes gourdes un peu plus tard. La route mène désormais vers les passages les plus délicats : la partie inondée depuis les très fortes pluies de novembre. Au loin, tu vois les deux premiers tituber et s'enfoncer dans ce sable vaseux. Tu croises aussi les premiers coureurs du 60K remonter vers leur 2àème kilomètres. On se fait signe, on lève un pouce admiratif. C'est le passage le plus terrible. L'eau est glacée, tes pieds sont lourds de ce sable collant. Tu ralentis pour ne pas tomber et tu continues de t'enfoncer. Au bout d'un moment, tu décides de faire tout droit et de ne plus chercher de rester au sec tant le sol est glissant. Cette partie de course aura d'ailleurs raison du deuxième que tu dépasses. Quelques vallonnements te conduisent ensuite vers le 15èmekilomètre. Avec ton pote de course, tu te perds un peu, tu hésites car tu ne voies pas la fameuse flèche rouge indiquant le chemin. Tu cherches du regard le 1ermais trop loin. Alors tu cherches de spas dans le sable un peu humide, les pas des coureurs du 60K et tu n'en trouves aucun... Tu rebrousses alors les tiens et tu viens de faire 500 mètres de plus. Enfin, tu trouves la flèche. Tu accélères alors accompagné de ton pote tchèque. Le 15ekilomètre est là … 

 

Tu te sens bien. Pas de fatigue ou si peu. Tu as froid, le ciel est ombragé. Un relais s'organise avec le tchèque et enfin tu croises les autres, du 30 qui se dirigent vers le check point. Manu est là ! Concentré, les raits un peu tirés. Tu l'encourages. Il doit être 8e. "Putain … il tient", tu te dis. Tu es content pour lui.

Depuis 15 kilomètres et des poussières, tu ne quittes pas la montre des yeux. Tu gères ta course grâce à elle. Tu dois rester dans les 4'55 au plus au kilomètre. La musique te permet de garder ce rythme tranquille. Tu ne dois pas encore accélérer. Tu réalises que tu as encore un peu moins de la moitié à faire. Et cette putain de partie inondée qui se profile. Le tchèque repasse devant. Tu décroches un peu. Il te guide, te montre la voie. Tu feras de même quelques minutes plus tard quand il mettra ses pas dans les tiens. 

 

On est bon, je suis fier de moi. Je me demande ce que je fous là aussi. Qui veut courir 30 kilomètres et surtout à cet endroit. Certes, il y a des trails 100 ou 1000 fois plus monstrueux que celui-là. Mais sérieusement, un samedi matin, qui veut courir 30 bornes ? 

 

 

Les mètres défilent puis les kilomètres. Tu fatigues un peu et le doute s'installe. Tu as peur de ne pas pouvoir finir. Tu t'en sens capable, largement même, mais il te reste 10 bornes à faire. Tu viens de boucler un semi… et encore 10 bornes. 

La musique te fait chier d'ailleurs. Tu la coupes. Tu n'attends qu'une chose pour la remettre, une ligne droite bitumée. Et cette fameuse ligne arrive. 23 kilomètres, dernier check-point. Ton pote ralentit pour boire. Tu ralentis un peu pour l'attendre. Tu te retournes plusieurs fois, tu lui fais un signe de la main mais il n'avance plus à ton rythme. C'est étrange alors le sentiment que tu éprouves. Tu as l'impression non pas de l'abandonner mais tu penses qu'il croit que tu as accéléré pour la lâcher alors que vous faisiez la course ensemble depuis près de 2 heures. Tu casses l'harmonie. Tu le lâches en fait. Tu as raison, tu le lâches. Il ne peut plus te suivre donc tu le lâches. Je n'en suis pas fier. 

 

Il te reste 3 bornes. Tu as un doute sur le chemin. Tu te retournes. Tu montres la voie, ton pote acquiesce. Tu te retourneras une nouvelle fois pour confirmer que c'est la bonne voie. En fait, tu comprends que si tu finis 2eou 3evoire plus loin, tu t'en branles; le principal est de finir avec brio et fierté. 

 

Les derniers pylones puis le camp de base est en vue. Tu réalises que tu finiras 2e. Le dernier virage et ligne droite. Tu savoures. L'émotion te gagne. Tu regardes ta montre. Ton temps est énorme. Tu franchis la ligne d'arrivée. Médaille, photos, eau … tu marches, tu titubes un peu, tu n'en peux plus et tu pleures. Tu pleures de fatigue, de fierté. Tu regrettes presque que la course soit terminée. Ton pote arrive à son tour. 1mn etc … plus tard. Tu l'applaudis. Tu lui tapes dans la main. On se congratule, on échange eux ou trois mots. David ! J'ai fait 23 bornes avec un tchèque prénommé David (il s'avérera que sa femme et lui sont amis avec un couple de français dont la fille est l'une de mes élèves et dont le père est coureur également et que je côtoies en dehors du lycée). 

Le 4earrive à son tour. Il vient vers moi, on échange les mots d'usage. Il est anglais. On parle de la course et de notre ressenti. Et nous sommes fiers. 

 

Tu tournes un peu en rond pour que tes jambes ne lâchent pas: Une pomme, de l'eau. 25 mn plus tard, Manu arrive. Il est frais, fier, heureux. Et là, tu te dis "Nous l'avons fait !". 

 

 

Une course à peine finie que la prochaine est déjà en tête. 10 km le 16 mars mais surtout et tu te rends comptes que tu es malade car tu te demandes si demain tu pourras courir. 

 

Un massage t'attend à 15h. 100 km pour regagner Salmiya t'attendent. Et demain, le boulot t'attend aussi. 

 

J'oubliais … tu penses aussi à novembre et à 2020 pour le 60K. Nous en avons parlé sur le chemin du retour avec Manu entre deux micro-siestes de sa part. 

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