Au bout des 21.1 ...

... tu ressens du bonheur, de l'euphorie, une certaine forme d'extase et de la fatigue. Courir sur une longue distance est jouissif d'autant que tu pousses les limites de ton corps. Certes, il y a les endorphines, mais il y aussi autre chose. Tu te retrouves seul au milieu de milliers de coureurs aguerris ou non. Tu croises des visages en souffrance, mais tu n'y prêtes pas attention car ton regard est fixé droit devant, sur cette route qui n'en finit pas. Tu jettes à peine un coup d'oeil au paysage, au littoral, à la skyline ou aux étals du vieux souk que tu as traversé. Tu n'as qu'un but : franchir cette ligne d'arrivée et claquer un putain de chrono. 

 

Ce matin, je me suis levé à 4h30. Je suis habitué à cette heure très matinale puisque tous les matins, je me lève à 4h50 pour commencer l'entrainement à 5h30. Certains diront que je suis malade, que c'est n'importe quoi. Mais, chacun trouve son équilibre comme il l'entend. Depuis de semaines, j'attends ce samedi de semi-marathon. Nous en parlions tous les jours ou presque avec Manu. Les collègues nous demandaient combien de kilomètres j'avais parcouru le matin avant d'aller bosser ou le week-end. Donc, le jour J, tu es prêt. 

 

Tu sors de chez toi à 5h45 pour passer prendre Manu et direction Souk Sharq, lieu du départ. L'attente commence ... le ciel est gris et il fait frais (19°). Tu rejoins la zone dédiée au 21 et tu te poses dans un pouf. Mr Bato check ses messages et est pris en photos par les médias locaux. Puis, l'heure de rejoindre la ligne approche. Tu devras encore patienter une heure car les routes ne sont toutes dégagées et nettoyées. Il y a de l'ambiance, de la musique. Tu lis l'impatience sur le visage de tes voisins. Tu observes des femmes maquillées, parfumées comme pour un diner mondain, qui contrastent avec des coureurs qui ont oublié la douche (A quoi bon, puisque tu vas transpirer ..). 

Le starter retentit et c'est l'euphorie, la bousculade, les cris. Les pieds se mettent en branle, tu entends les claquements des running sur le bitume. Mais tu n'es déjà plus là. Tu es dans ta course. Le monde autour de toi t'indiffère ou presque. Tu cherches Manu du regard. Il est devant toi. Tu le dépasses, lui tapes sur l'épaule. On se "retrouvera de l'autre côté". Tu prends enfin ton allure au son de ton iPod. Tu foules la chaussée au son de "Age of love". 

Tu ressens ta première forte émotion en traversant le vieux souk. Les odeurs épicées se mélangeant aux fruits frais et légumes. De vieux vendeurs te tendent des dattes. Mais il est trop tôt. La chair de poule te gagne, les larmes aussi. C'est l'effet course à pied. 

Les kilomètres s'enchaînent. Tu ne penses à pas grand chose sauf à "Pourquoi cours-tu ?" et "Comment vais-je faire demain pour ne pas aller courir ? ". Je suis en train de faire un 21 km. Il te reste encore 18km et tu penses déjà au manque que tu vas ressentir quand la course sera finie et au fait qu'il va falloir réduire les entraînements durant quelques jours pour permettre au corps de récupérer. 

7 km .. les paysages s'enchaînent. Tu es davantage seul car les coureurs du 10 km ont déjà tourné mais tu vas les retrouver bientôt. Tu fais enfin demi-tour devant l'imposant ministère du pétrole. Tout un symbole. Tu croises enfin Manu qui a l'air encore frais. Tu es bien aussi. Droit, la foulée régulière, un oeil sans cesse rivé sur ton AppleWatch pour mesurer ton allure. Rester autour de 4.30 au km, voire moins. Gère ta course !!!

 

Tu rattrapes ceux qui achèvent le 10km. Devant le panneau 10, tu en as encore 11.1 à faire. Les jambes tirent un peu et le T-shirt est lourd. Mais, tu es bien. C'est orgasmique. Tu n'as pas envie que cette course s'arrête tant tu te sens en osmose avec l'atmosphère, tant l'osmose entre ton cerveau et ton corps, tu la ressens. Tu as devant toi un ligne droite, les tours du Koweït. Tu te fais la réflexion que tu l'aimes ton pays. Que tu t'y sens bien, bien qu'un jour, tu devras le quitter pour un autre bout du monde. 

15 km, tu faiblis. Tu es hydraté, peut-être te manque-t-il un peu de glucose ? Tu ralentis un peu au son de Chris Rea ("Joséphine". Tu aimerais être père d'une 3e fille portant ce prénom). Le 17e est encore plus hard. Tu regardes le chrono et tu sais que tu ne descendras pas sous les 1h35. Lors, tu ralentis un peu comme pour profiter davantage des derniers kilomètres. Tu ne veux pas arrêter de courir mais tu cours après cette ligne d'arrivée. Un regard vers Manu que tu croises pour la dernière fois. Son visage est crispé. Les traits sont tirés. Il ne te voit pas, mais tu lui adresses des "bravos" spirituels. 

Enfin le pont menant au Souk Sharq est là. Il y a du monde, il y a du vent. Tu doubles ceux qui ont fini leur 5 ou 10 km. Dernier virage face à la mer. L'air iodé et salé te procure des frissons. Tu entends des cris d'encouragements alors tu accélères pour gagner quelques secondes, 2 ou 3. Tu regardes ta montre, tu appuies sur pause. Tu es perdu. Perdu au milieu de la foule agglutinée, perdu dans tes pensées, perdu car c'est fini et que la prochaine course est en décembre ? Perdu car il est immobile et des vertiges l'envahissent ? 

Assis, il regarde sans fixer son attention sur le flot d'arrivants. Il attend Manu pour le féliciter. 

10 mn plus tard, de vive voix, il le félicite. On marche un peu, on se ravitaille. Il est dans ses pensées. Pensées qui le mènent à la prochaine course .. 30 km dans le désert. Avec Manu ! 

La bigorexie se soigne ou se dompte. J'ai choisi de la dompter. Elle est un problème quand tu en souffres, quand elle te rend malheureux. Ce n'est pas mon cas. Elle me porte, me motive et fait de moi ce que je suis. Workaholic, la bigorexie permet à la balance d'être équilibrée. 

 

 

Au bout des 21.1 ...
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